mardi 17 janvier 2012

Jeanne d'Arc : la procédure inquisitoriale…


Jeanne d'Arc, le procès d'inquisition


Extrait du livre Jehanne, la Délivrance



La puissance de Cauchon excédait le pouvoir politique. C’est en effet à l’injonction de sa lettre, aussi voluptueuse que menaçante, que le duc du Luxembourg consentit à céder la Pucelle. Les Bourguignons, alliés du Duc acceptèrent, à leur tour, le transfert de la détenue à Rouen. Qui pouvait résister aux amabilités du prélat, dès lors qu’il entendait faire de ce procès une affaire personnelle ? La seule évocation d’une sanction ecclésiale dissolvait toute résistance : aucun prince ne pouvait se permettre de subir une excommunication. La damnation éternelle de l’âme constituait en ce temps l’arme absolue. La moindre maladresse de langage en matière de foi pouvait entraîner la comparution immédiate pour flagrant délit d’hérésie. Arme de dissuasion efficace, l’arsenal des sanctions religieuses enserrait toutes les modalités culturelles, sociales et politiques. Monseigneur recevait la soumission des puissants de ce monde sans qu’il lui soit nécessaire d’imposer sa courtoisie au-delà d’une simple allusion à l’enfer.

Dès les premiers interrogatoires (en réalité des visites secrètes qu’il lui rendait dans sa cellule), l’Evêque comprit qu’avec la Pucelle d’Orléans la partie ne serait pas aisée. Cauchon vit se dresser devant lui une Résistante. Cette femme ne se soumettrait pas au pouvoir de Son Emminence. Elle ne renoncerait à aucune de ses convictions ni n’accepterait de trahir sa cause. Quant à l’obéissance au système, elle ne l’envisagerait qu’à condition que cela soit conforme au commandement de ses voix. Or ses voix précisément lui conseillent de tenir tête. De ne céder en rien, et d’affirmer sans relâche la prévalence des messages divins sur le dogmatisme. Le clash était inévitable, entre deux personnalités, entre deux catégories intellectuelles. D’une part, le religieux, engoncé dans le formalisme et la certitude de détenir la vérité absolue ; d’autre part, l’illuminée, non moins catégorique, affirmant la véracité de son dialogue direct avec ses maîtres célestes.

Avant même la comparution officielle de la détenue, le prélat met au point les grandes lignes de la dramaturgie. Il rassemble un collège d’élites, s’assure de leur soumission — souvent sous la menace — et réunit autant de figurants professionnels priés de s’exprimer à l’unanimité d’une seule opinion : la sienne. Cauchon, lui-même ancien recteur de la Sorbonne, se rêvant peut-être quelque tiare papale, veille à ce que les apparences légales du procès soient respectées, à condition toutefois qu’elles lui garantissent l’issue prévue.

Ces formes dont la violence scandalise toute conscience moderne ne s’embarrassaient pas d’humanisme ou de droits de l’Homme : instruction à charge, absence d’avocat, tortures, intimidations, autant de mauvaises habitudes qui gravèrent pour longtemps leur marque dans le fonctionnement de la justice — y compris républicaine : l’absence d’un défenseur lors de la garde à vue d’un suspect est une de ces lamentables coutumes qui a prévalu dans le droit français pendant des siècles — jusqu’en avril 2011 !


La suite dans le livre :

Jehanne, la délivrance


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